• Murin à moustaches
    Myotis mystacinus Kuhl, 1817
Murin à moustache en vol © Y. Peyrard

Quelques données chiffrées

Nombre total de données et types de contacts



Nombre total de gîtes et périodes d'occupation


Première mention en Rhône-Alpes

Le 15 avril 1948, un murin à moustaches est capturé au filet par M. Grange à la grotte de Mégevette (Haute-Savoie).

Distribution actuelle

État des connaissances sur la répartition du murin à moustaches

Le murin à moustaches est présent sur la majorité de l’Europe de l’ouest. Son aire de répartition est limitée à l’est par la Moldavie, à l’ouest par le Portugal, au nord par la partie méridionale de la Suède et au sud par la Turquie. Absent de l’Italie et de certaines parties de l’Espagne, il est présent ponctuellement plus à l’est en Russie et au Proche-Orient.

En Rhône-Alpes, l’espèce est présente dans tous les départements mais semble peu représentée dans les secteurs à influences climatiques méditerranéennes. Elle semble abondante dans les massifs des Préalpes du Nord (Chartreuse, Bauges, Vercors, Chablais) ainsi que les massifs jurassiens (Bugey, Isle Crémieu, Epine). Le murin à moustaches occupe les Alpes internes mais de manière diffuse et peu marquée. Il est à noter que des confusions d’identification ont pu avoir lieu avec le murin de Brandt et le murin d’Alcathoé.

Le murin à moustaches fréquente la plaine, les collines, la montagne, où il a été contacté à 2030 mètres d’altitude. Toutefois, la majorité des données se situe en dessous de 1750 mètres et la moitié d’entre elles est comprise entre 250 et 750 mètres d’altitude. Les secteurs de coteaux et de moyenne montagne semblent être privilégiés par l’espèce.

De même, les gîtes de l’espèce sont connus de la plaine à la montagne et les colonies de reproduction se situent entre 250 et 1250 mètres d’altitude.

Le murin à moustaches fréquente les milieux mixtes (jardins, zones humides, lisières…) et forestiers. Aucune étude particulière n’a cependant été menée à ce sujet en Rhône-Alpes.

Evolution des connaissances et des effectifs en Rhône-Alpes

Cabane abritant une colonie de murins à moustaches dans le Vercors en 1972

Il y a soixante-cinq ans, le murin à moustaches était pour la première fois cité en Rhône-Alpes. Par la suite, les données sont restées peu nombreuses. Ce n’est qu’à partir de 1993 que le nombre de citations augmente significativement, avec au minimum une vingtaine de données récoltées chaque année. Dès lors, la collecte a fluctué entre 20 et 193 données par an. Cet accroissement est vraisemblablement lié à l’augmentation du nombre d’observateurs d’une part, et à une mise en place plus répandue des méthodes acoustiques et de capture au filet d’autre part. Près de 95 % des citations de l’espèce sont ainsi postérieures à 1990.

En hiver, l’espèce est principalement observée en milieu souterrain. Ces mentions concernent dans deux tiers des cas un seul individu. En effet, l’espèce est connue pour hiverner de manière isolée.

L’état actuel de nos connaissances sur cette espèce, ne nous permet ni d’estimer les effectifs, ni de mettre en évidence une tendance d’évolution des populations.

Acquisition des données en Rhône-Alpes

Cinq des huit départements de la région cumulent chacun entre 15 et 20 % des 1589 données collectées à ce jour. Ce pourcentage est nettement moindre dans la Drôme (6 %) et l’Ardèche (3,2 %) pour lesquels les conditions climatiques semblent constituer un facteur limitant à sa présence. Les effectifs connus sont toutefois très hétérogènes d’un département à un autre. Ainsi, la Haute-Savoie, l’Isère et l’Ain cumulent l’essentiel des effectifs estivaux connus ; la Savoie et le Rhône, les effectifs hivernaux. Peu de données proviennent de la Loire (3,8 % du total) mais ceci s’explique sans doute par le peu de prospections conduites sur ce département.

Les connaissances ont largement progressé ces dix dernières années. En termes de distribution, l’espèce est mentionnée sur seulement 93 mailles avant 2001 contre 263 après 2000, soit une présence avérée aujourd’hui dans plus de la moitié des mailles de la région (55,5 %). Si l’effort de prospection a nettement augmenté dans les années 90, ce sont toutefois les méthodes de collecte récentes basées sur la détection acoustique qui ont permis d’augmenter considérablement le nombre de données ces quinze dernières années. Ainsi, depuis 1998, sur l’ensemble de la région, un tiers des données est acoustique, un tiers issu d’observations et un tiers de captures au filet. Cette répartition masque de fortes disparités départementales dépendant des milieux prospectés, de la saison, des habitudes et compétences des prospecteurs notamment. Ainsi, dans le Rhône, les observations concernent majoritairement des individus en hivernage et moins de 4 % des données sont d’origine acoustique. Inversement, en Haute-Savoie, plus de la moitié des données est d’origine acoustique.

Phénologie d’observation en Rhône-Alpes

Près de la moitié des données (49,4 %) a été collectée en période estivale. Cette proportion s’explique notamment par l’utilisation des méthodes acoustiques et de la capture au filet pendant la belle saison. Au cours de la période hivernale, bien que régulièrement contacté, le murin à moustaches reste une espèce discrète et les observations ne représentent que 18 % des données totales. En périodes de transit, 7 % des citations ont lieu au printemps et 20 % en automne, mais l’effort de prospection reste peu important à ces moments.

Gîtes utilisés par l’espèce en Rhône-Alpes

En Rhône-Alpes, 179 gîtes de cette espèce sont connus et sont principalement hivernaux (43,5 %). Deux tiers de ces gîtes sont hypogés, près de la moitié concerne des grottes ou des gouffres. Le contexte karstique d’une partie de la région explique aisément ces mentions dans des cavités naturelles. Les souterrains tels que les mines, carrières, champignonnières, tunnels sont également des gîtes régulièrement occupés par le murin à moustaches, particulièrement dans les zones non karstiques, comme dans le Rhône. À ces gîtes hypogés s’ajoutent quelques ponts et des bâtiments pour des individus en transit. Les individus hivernants sont suspendus sur les parois, au plafond ou encastrés dans une fissure, généralement seuls. Le plus important rassemblement hivernal connu fait état de 17 individus et seulement 5 sites abritent régulièrement plus de 10 individus.

Les gîtes de reproduction du murin à moustaches sont peu connus dans la région avec seulement 15 localisations réparties dans 5 départements. Il s’agit alors de colonies dans des bâtiments : sous la toiture, entre deux poutres et plus généralement derrière des volets. Deux tiers de ces gîtes rassemblent moins de 30 individus et de 70 à 134 murins à moustaches ont été dénombrés dans seulement quatre gîtes, tous derrière des volets. La colonie peut également être scindée entre plusieurs volets d’une même bâtisse et les individus peuvent en changer d’un jour à l’autre, voire au cours de la journée. Aucun arbre-gîte n’est connu en région, mais aucune recherche n’a, à ce jour, été menée dans ce sens.

Les mise-bas ont lieu dès la mi-juin et les premières observations de jeunes volants sont notées dans la première quinzaine de juillet.

Peu de données sont disponibles concernant les dates d’occupation des gîtes de parturition. Cependant, le suivi d’une colonie dans l’Ain a montré des arrivées dans le gîte en mai et des départs dès le début août.

En Rhône-Alpes, le comportement d’essaimage est seulement connu dans une cavité de la Haute-Chaîne du Jura. Néanmoins, il a été observé massivement dans plusieurs gouffres du proche Jura Vaudois (Suisse).

Une espèce proche de l’homme

Murin à moustaches dans une brique

Le murin à moustaches semble apprécier les anfractuosités des bâtisses pour passer l’été, voire s’y reproduire. Bien que la plupart des individus soient recensés derrière des volets, certains ont été observés entre deux poutres, derrière du bardage, sous une toiture… L’un d’eux a même été trouvé dans un parasol ! Cette espèce, si proche de nous, est pourtant méconnue, contrairement aux pipistrelles, elles aussi adeptes de nos maisons. Parfois, murins à moustaches et pipistrelles peuvent cohabiter. C’est le cas d’une colonie de reproduction dans l’Ain, où ces deux espèces occupent les mêmes volets et y élèvent leurs jeunes. D’une journée à l’autre, voire au cours de la journée, les chauves-souris peuvent changer de volets en fonction des conditions de température et d’humidité.

Habitats exploités en phase d’activité en Rhône-Alpes

Du fait de son importante utilisation du milieu bâti en été, le murin à moustaches s’expose aux problématiques d’entretien et de rénovation : traitements chimiques des poutres ou volets, colmatage des fissures, éclairage, dérangement… L’espèce ne semble cependant pas très exigeante vis-à-vis des gîtes qu’elle exploite et le milieu bâti offre de nombreux gîtes de substitution potentiels. Par ailleurs, les arbres-gîtes probablement occupés peuvent être coupés au détriment des colonies hébergées.

En hiver, l’espèce est vulnérable au dérangement dans ses gîtes cavernicoles mais vu la faiblesse des effectifs concernés, ceci ne semble pas être un facteur majeur de dérangement.

Les habitats de chasse du murin à moustaches, très diversifiés à l’échelle de la région, semblent dans leur globalité peu menacés. Toutefois, comme pour l’ensemble des Chiroptères, l’utilisation de produits phytosanitaires (insecticides…) peut lui être préjudiciable. Les ruptures des continuités biologiques ou la fragmentation des domaines vitaux des colonies du fait de l’aménagement du territoire constitue une menace réelle forte.

Menaces pesant sur l’espèce en Rhône-Alpes

Du fait de son importante utilisation du milieu bâti en été, le murin à moustaches s’expose aux problématiques d’entretien et de rénovation : traitements chimiques des poutres ou volets, colmatage des fissures, éclairage, dérangement… L’espèce ne semble cependant pas très exigeante vis-à-vis des gîtes qu’elle exploite et le milieu bâti offre de nombreux gîtes de substitution potentiels. Par ailleurs, les arbres-gîtes probablement occupés peuvent être coupés au détriment des colonies hébergées.

En hiver, l’espèce est vulnérable au dérangement dans ses gîtes cavernicoles mais vu la faiblesse des effectifs concernés, ceci ne semble pas être un facteur majeur de dérangement.

Les habitats de chasse du murin à moustaches, très diversifiés à l’échelle de la région, semblent dans leur globalité peu menacés. Toutefois, comme pour l’ensemble des Chiroptères, l’utilisation de produits phytosanitaires (insecticides…) peut lui être préjudiciable. Les ruptures des continuités biologiques ou la fragmentation des domaines vitaux des colonies du fait de l’aménagement du territoire constitue une menace réelle forte.

Protection de l’espèce en Rhône-Alpes

Aucune action de protection spécifique au murin à moustaches n’a été mise en œuvre en Rhône-Alpes. Les actions globales visant une amélioration de la qualité des paysages ou de la ressource en nourriture ne peuvent lui être que favorables.

La mise en protection de cavités souterraines, notamment dans le Rhône contribue à offrir aux murins à moustaches des gîtes potentiels d’hibernation.

Murin à moustaches en léthargie © F.Cloitre

Lacunes identifiées et actions à engager

Il est probable que le faible nombre de données concernant le murin à moustaches dans le département de la Loire découle d’un manque de prospections plutôt que d’une réelle moindre fréquentation de l’espèce sur ce secteur.

Les connaissances font largement défaut en ce qui concerne les gîtes estivaux de l’espèce et peu de gîtes de parturition sont connus. Une sensibilisation accrue du public permettrait de mieux connaître et préserver l’espèce dans le bâti d’une part, des prospections ciblées permettraient sans doute la découverte de nouvelles colonies d’autre part. Enfin, des suivis d’individus par radiopistage révéleraient sans doute la présence d’arbres-gîtes dans la région.